5 ans qu’ils n’avaient pas sorti d’album ! Il faut dire qu’entre les performances ciné-concert sur le film « Desperado » de Robert Rodriguez et la tournée solo de Didier Wampas ou ils officiaient en backing band, ces dernières années ont été chargées pour les bretons… Mais il valait le coup d’attendre. « Bang on time » rappelle d’emblée le gout prononcé du quintet rennais pour le groove et la soul des sixties. Mais il est aussi un laboratoire des influences électro de chacun des membres. « l’electro-novo-rock de notre jeunesse, le big beat ou le break beat pour certains mais aussi le côté ludique, onirique d’un synthé. On préfère le coté organique que le « poum-tchac » du clubbing. Pour autant, notre base reste rock, batterie, basse, guitares, claviers, voix. Pas de bruits de craquements de porte ni de samples de craquements de pot de yaourt pour en faire une grosse caisse comme on a pu voir chez certains » clament-ils avec un humour qui reste une de leur marque de fabrique. Mais pour ce nouvel opus, cette déconnade légendaire semble quelque peu avoir été mise de côté. Cela offre un album plus classieux, rigoureux, une copie rendue propre et net qui mérite, bien plus encore que des encouragements, un véritable très bon point. D’ailleurs, l’engouement des programmateurs de tous bords et du public depuis le début de l’année tend à montrer que ce dernier est amplement mérité. Nous les avons rencontrés entre deux concerts de leur folle tournée d’été… Entretien avec le chanteur Fred Gransard.

Compte tenu de vos agendas très chargés ces deux dernières années, et notamment la tournée avec Didier Wampas et vos propres concerts, comment s’est passé l’enregistrement de l’album ?
On a fait des sessions entre l’été 2011 et le printemps 2014 et dans la même période il y a eu 2 tournées (une centaine de concerts) et un album avec Didier Wampas. Ces enregistrements étalés dans le temps ont été possibles de par notre manière d’enregistrer : On a notre propre studio et on ne fait jamais de sessions classiques “live” et d’ ailleurs il n’y a jamais de maquettes de chansons non plus…on part souvent sur des superpositions de riffs et de boucles dont on affine les sons au fur et à mesure puis des premiers jets de mélodies, des variations harmoniques afin de structurer le morceau. Notre méthode est plus proche de celle d’un collectif electro que celle d”un groupe de rock traditionnel en fait.

Vous êtes un des porte-étendards de la scène rennaise dans lequel vous avez débuté avec les Skippies. En quelques mots, l’histoire des Skippies vers la transition Bikini Machine ?
Les Skippies étaient un groupe de power pop des années 90 qui a eu la chance d’assez bien marcher dès le départ ce qui nous a permis de nous professionnaliser très jeunes. On a sorti 2 albums et 2 EP entre 93 et 96 et fait beaucoup de concerts. A la fin des années 90, les 3 rescapés du quintet ont progressivement utilisé toutes sortes de machines et d’instruments en faisant cohabiter la technologie et le vintage en ayant pour objectif de composer une musique très dansante. Cette nouvelle esthétique nous a conduits à changer le nom du groupe en 2000…

On a longtemps cru que la scène rennaise ne se remettrait pas du poids de son riche passé, celui des Marquis de Sade, des Nus ou de Dominic Sonic. Et puis, depuis deux ou trois années, des noms fleurissent au-devant de la scène nationale, ici les Mermonte, là Totorro… Un petit mot sur cette nouvelle scène, y êtes-vous intégré, y règne-t-il comme à Nantes par exemple un « esprit d’équipe » fort ?
En général comme partout l’esprit d’équipe est plus restreint que l’on croit parce qu’il concerne surtout les groupes issus des mêmes niches musicales, par exemple à Rennes il y a pas mal de groupes post rock qui collaborent ou qui ont des membres en commun, idem pour la scène garage rock très riche elle aussi…mais ça ne se mélange pas, cela reste assez clanique. De par notre expérience et aussi de par la nature hybride de notre musique on a échappé à ça et on a de bons rapports avec des groupes très différents en fait.

Depuis la sortie de « Bang on time », vous déroulez les live, une belle tournée, et cela n’est semble-t-il pas fini… En parallèle, les échos presse sont unanimes sur la qualité de l’album. On rajoute à cela une musique pour une pub automobile… Beau démarrage non ? Comment cela se passe pour vous ?
Disons que ça s’est plutôt bien enchainé pour l’instant mais l’existence d’un groupe de rock indé reste fragile tout de même en France… Surtout par les temps qui courent où la culture dans son ensemble n’est pas prioritaire et soumise à des restrictions de toutes sortes…donc le rock indé tu imagines…

As-tu le sentiment de quelque peu vous extraire d’un succès d’estime propre au rock indé à un succès grandissant plus populaire ?
On pourrait le croire grâce à « Stop all jerk » qui a été pas mal diffusé mais la conjoncture n’aide pas et les groupes de rock populaires sont très formatés, plus que par le passé.
Cet album a été enregistré en de très nombreuses étapes au gré de vos disponibilités. Curieux car le résultat est d’une grande homogénéité, dans le son et la composition. Vous avez porté un effort particulier pour obtenir cela ?
Oui, pas de chansons en français, pas d’instrumentaux, moins d’électronique et moins de titres : faire un peu l’inverse du full album de 2009 qui partait trop dans tous les sens. C’était ça l’effort à faire en premier lieu…

Vous utilisez moins les machines sur l’album et cela se confirme aussi sur scène. Un choix délibéré de revenir à une musique plus organique, plus proche du rythm and blues originel ?
Tout à fait et pour la scène cela est dû à la tournée avec Didier Wampas sans machines et où Sam est devenu plus organiste que bidouilleur de synthé.

Et le choix de ne plus chanter en français, tout au moins sur l’album ?
Au départ c’était une histoire d’inspiration et c’est devenu un parti pris.

La tournée semble se prolonger, doit-on craindre d’attendre cinq nouvelles années avant un prochain album ? Avez-vous déjà commencé à y penser ? Reviendrez-vous à un processus de composition, de production d’une seule traite ou conserverez-vous ce format d’enregistrement au coup par coup ?
On a toujours du mal à penser à un futur album juste après en avoir sorti un…certains y arrivent, souvent des compositeurs en solo d’ailleurs.

Quand on parle de Bikini Machine, on pense Cinéma. D’où vous vient cette passion pour les B.O et le 7ème Art en général, et comment faites-vous des ponts entre les deux ?
Beaucoup de musiciens s’intéressent à la musique de film, c’est un bon champ d’expérimentation, c’est souvent très onirique, hybride, orchestré…quand on s’intéresse à la musique des sixties on en vient à la bande originale de film naturellement…la période est féconde. Cela vient aussi de notre goût pour les séries B, les films de genre ou les compositeurs osaient des trucs.

Votre dernier clip pour « Stop All jerk » en est le plus bel exemple, très cinématographique… il est d’ailleurs le seul clip français sélectionné au European Independant Film Festival. Vous n’avez jamais eu l’envie d’aller plus loin, vers le court voir le long métrage ?
Si bien sûr, si Wes Anderson ou Quentin Tarrantino nous appellent on peut éventuellement se rendre disponibles (rires…)

Votre musique est très typée années 60. Qu’est-ce qui vous fascine dans cette période, et quels sont les influences que vous y avez prises ?
C’est typé mais en même temps nous ne sommes pas dans le revival 60’s rock garage, beaucoup trop codé et dogmatique à notre gout…le simple fait d’avoir autant mélangé la culture pop-mod, le psyché punk, la soul ou la musique instrumentale était déjà moderne en soit, disons qu’on préfère jouer avec les codes des années 60 plutôt que de les respecter scrupuleusement.

Avant de nous quitter, le petit jeu des trois titres, des trois B.O et des trois films que vous emporteriez sur une ile déserte ?
Allez disons « Sure shot » des Beastie boys, le « Cargo culte » de Gainsbourg et « Zig zag wanderer » de Captain Beffheart. « Compartiment tueur » de Michel Magne, » Get carter » de Roy Bud et « Once upon a time in America » de Morricone pour les BO et « 2001» de Kubrick, « The Party » de B. Edwards, « La nuit des morts vivants » de Romero…

Propos recueillis par Laurent Charliot