Manu, souvenez-vous, c’est la voix douce de Dolly, 4 albums et quelques 350 000 exemplaires écoulés, un disque d’or pour le premier album éponyme et le titre “Je ne veux pas rester sage” en 1997, jusqu’au tragique décès du bassiste Micka qui mit fin à cette belle épopée… C’était il y a maintenant 10 ans.
Manu fait depuis route seule, avec un premier album « Rendez-vous » en 2008, un live à l’Elysée Montmartre l’année suivante et « La dernière étoile» en 2013.
Des albums apaisés par le temps et l’expérience, où la blonde égérie semble avoir retrouvé peu à peu ce pour quoi elle a toujours voulu faire de la musique, la recherche du plaisir, à l’état pur, dans l’écriture et les compositions. De redoutables collections de chansons ou l’énergie du rock restait malgré tout toujours latente et le timbre de la voix d’Emmanuelle un indéniable signe distinctif.
Un an après une parenthèse des plus inattendues, avec un EP « Tenki Ame » entièrement chanté en japonais, voici le grand retour de Manu. Un retour aux sources. Au triple galop !
Car à l’évidence, avec ce quatrième disque en solo, réalisé, joué et produit par Manu pour son propre label Tekini Records, elle renoue avec ses premières influences (Pixies, New Order, Grandaddy, Sonic Youth, …) et un son original, saturé et électrique.

Manu bonjour, déjà un troisième album solo (en plus d’un live et d’un EP l’an dernier), l’aventure Dolly semble loin… Pas trop compliqué en cette période chahutée de l’industrie du disque de poursuivre une carrière ?
Dolly, c’était une très belle histoire, une très belle aventure… Mais le temps passe si vite ! Oui un nouvel album, toujours sur mon label Tekini. Ce n’est bien sûr pas très simple, il ne faut pas se voiler la face, en indépendant. Mais c’est semble-t-il le seul moyen de survie…

« La Vérité » sort dans les bacs le 4 décembre. En quelques mots, l’histoire de ce nouvel opus ?
Tout a commencé au départ de compos que j’ai écrites seule, comme le précédent, mais là, je m’y suis pris très différemment. Etonnement, j’ai demandé à mon batteur de me faire plein de bases de batterie, de me les enregistrer, et je me suis posée dessus, j’ai utilisé ses pistes en les triturant, en les remontant à ma guise, au fil de mon écriture musicale…
J’adore sa manière de jouer et j’étais certaine que cela me ferait une bonne base. Et ça a fonctionné car ces parties m’ont beaucoup inspirées, j’ai pris la liberté de tout découper, prendre les rythmes de refrain pour les couplets et vice versa, j’ai pris ses roulements de break et je les ai intégré dans des refrains, etc… j’ai beaucoup aimé cette manière de faire très peu académique. Ensuite, une fois toutes mes compos et textes enregistrés, j’ai invité mon compagnon Patrick à venir faire des guitares supplémentaires. Puis, j’ai présenté ça à Nirox le batteur … Le pauvre il a galéré quand je lui ai demandé de rejouer ça comme ça en studio et pour le live, il devenait fou (rires)!! Mais il est très fort ! Enfin, afin d’anticiper pour le live, on s’est mis en quête d’un bassiste et on a trouvé Laurent Duval.

On le lit dans la bio et on l’a découvert à travers le premier single « La Vérité » sorti il y a quelques semaines, on sent le retour aux sources, à la fougue des Dolly, au rock plus dur, celui des guitares, non ?
Oui, c’est indéniable. J’avais vraiment envie de revenir à mes premiers amours, des titres avec beaucoup d’énergie, mes premières influences comme les Pixies ou Sonic Youth, New Order. Je me suis un peu replongé dedans, Grandaddy aussi beaucoup. Beaucoup de guitares, beaucoup de speed. C’est un peu le contraire de « La Dernière Etoile », le précédent album, qui était bien sûr « totalement moi », mais beaucoup plus intimiste. C’est ici beaucoup plus basé sur les guitares.
Et on voit vraiment depuis quelques jours, depuis le début de la tournée, que ça passe bien aussi sur scène, j’avais envie de ça. De cette énergie sur scène. Patrick et Laurent font des choeurs sur scène, avec moi, j’en rêvais, c’est cool, vraiment très agréable.

C’est un album plus spontané donc ?
Oui, au niveau musical mais aussi pour les textes. Pour l’écrire, je m’enfermais régulièrement durant une semaine. J’ai beaucoup écris. Quand j’ai commencé à composer, j’avais déjà les mots, ce qui n’était pas toujours le cas avant… et au niveau des thèmes, j’ai enfin arrêté de me regarder le nombril ! (rires !!). Non mais je pense que j’ai passé des caps, c’est un disque qui semble moins douloureux, moins perso… Et j’y ai pris du plaisir, j’ai joué avec les textes, et notamment sur chaque titre, si on veut prendre le temps de chercher, il y a un clin d’œil à un autre morceau de l’album. C’est comme un jeu. Une rythmique, un chœur, une phrase musicale… Avis aux plus courageux !!!

Belle surprise que cette reprise des Undertones sur l’album …
Oui, c’est marrant parce que j’adore ce morceau « Teenage Kicks », les quatre accords ont tellement fortement inspirés un des autres titres de l’album que j’ai décidé de le jouer aussi, pour le live au départ, et finalement on l’a mis sur l’album. Un des clins d’œil dont je parlais, et aussi bien sûr une envie énorme d’un hommage aux Undertones…

Un second single commence ses rotations sur les radios rock ?
Oui, après le premier single « La Vérité » sorti avant l’été, le nouveau single « Toi et Moi » vient de sortir et on a eu l’idée de lui donner mille vies… En fait c’est un morceau qui fait 2,40 minutes dans sa version radio et qui repart après ce temps sur l’album. Et j’ai demandé à plein de gens que j’aimais bien de faire un solo différent dessus. En leur donnant carte blanche. On a envie d’en récupérer plein et de le partager sur le net avec toutes ses fins différentes en téléchargement gratuit. Donc il va vivre dans plein de versions, il y aura les guitares de Norbert Krief, un solo improbable de France Cartigny, un de Boris Jardel, de Dominic Sonic, de Nikko (Dolly/Manu/Eiffel), bref, à l’arrivée je pense que l’on aura 30 à 50 versions différentes avec des gens que j’aime …. On a même imaginé un concours ouvert au public pour un gagnant qui par exemple viendrait le jouer avec nous sur scène …

Toi qui a vécu très longtemps à Nantes, et qui vit maintenant entre Paris et la Vendée, un petit mot aux nantais ?
Oui !!! Rendez-vous le 11 décembre au Ferrailleur !!

Propos recueillis par Laurent Charliot

Crédit photo : Sébastien Bance