Kyo avance sans effacer l’avenir

Revenir après tant d’années était osé voire risqué. La dernière tournée a permis au groupe de dépasser cette appréhension. Ils se trouvent chanceux d’avoir encore une place dans le cœur de leurs fans. Bien accueillis pour leur retour, ils ont en effet repris confiance grâce au « Graal Tour » et ils entament en 2018 une nouvelle tournée dans l’hexagone. Dans la peau est sorti l’an passé et annonce déjà une suite, peut-être un peu différente selon les dires de Benoît Poher, chanteur emblématique du groupe, qui a accepté de répondre à nos questions.

 

Pour commencer, revenons sur vos débuts. Que retenez-vous du succès que vous avez connu dans les années 2000 et comment en êtes-vous arrivés là ?

Quand on a commencé, on avait une quinzaine d’années. On a eu un parcours assez basique, concerts dans les lycées et dans les bars du 78. Suite à ces concerts, on a sorti un premier album qui n’a pas du tout marché. Ce que je peux d’ailleurs comprendre maintenant. (rires) Tout a démarré avec Le Chemin en 2003 et à partir de là, c’est allé assez vite.
C’est clairement un rêve d’ado qui s’est réalisé. Finalement, on a fait ça pour le fun mais avec un vrai sérieux. On a commencé l’écriture assez jeunes et on était persuadé, naïvement, que ça allait prendre. C’était assez ridicule car c’est vraiment difficile et on s’en rend compte maintenant avec près de 20 ans dans ce métier. C’est très fragile ! A l’époque, nous ne savions pas tout ça et étions sûrs de nous, ça a sûrement participé au succès d’ailleurs, cette confiance en nous.

Qu’est-ce qui vous a amené à prendre la décision de faire une pause après 300 lésions ?

En quelques années, on est passés d’un groupe de potes à une machine si l’on peut dire. Énormément de promo, de concerts, tout s’enchaînait. On a fait la pause juste avant le burn-out, le timing était bon. Comme je le dis toujours, c’est particulier de se plaindre quand tout vous réussi comme cela. C’est extrêmement paradoxal car on l’a vraiment voulu, cherché même. Quand on désire ce succès, on n’imagine pas tout ça. Il n’y a pas d’école de la notoriété. Ça demande beaucoup d’énergie, ce sont pas des conditions pour être serein et équilibré. Il faut de l’expérience pour savoir gérer tout ça. Je comprends qu’on puisse se plaindre mais avec du recul on change de regard sur ces années.

Pendant cette longue pause pour Kyo, sur quoi avez-vous travaillé ?

Avec Florian et d’autres musiciens, on a fait un groupe de metal : Empyr. C’est un peu la musique de nos débuts. J’avais envie de retrouver cette ambiance « groupe de potes » comme au début de l’aventure Kyo. On avait juste envie de s’éclater, c’est d’ailleurs ce qu’on avait un peu perdu à la fin, en 2005. Avec Empyr, on a fait des petites salles et on a pu voyager car je chantais en anglais. Deux albums et deux tournées, ça nous a pris pas mal de temps !
Ce n’était pas vraiment une pause. (rires)

Votre premier public vous a t-il suivi dans ce projet ?

Assez peu. On était sûr que 90% du public d’Empyr viendrait grâce à Kyo mais ça n’a pas du tout été le cas. La musique était trop différente, on ne pouvait pas toucher les mêmes personnes. Les textes étaient en anglais donc peu d’entre eux se sont retrouvés dans ce nouveau projet.

Qu’est-ce qui a changé dans l’auditoire de Kyo 10 ans après ?

Ce n’est plus du tout pareil, plusieurs générations se déplacent pour nous voir désormais. C’est assez large ! On ne peut plus saisir qui est notre public Il y a des enfants, des ados, des adultes, des personnes plus âgées que nous. C’est impossible de mettre une étiquette. C’est un truc qui nous plaît bien d’ailleurs, c’est un vrai partage.

Les thématiques des chansons de Kyo ne devraient-elles pas changer avec le temps ?

C’est ce que j’essaie de travailler pour le prochain album. Même si j’ai multiplié les angles et les tournures, je parle de la même chose depuis 20 ans. Je crois que j’ai fait le tour ! (rires) Je pense qu’il y aura des chansons d’amour jusqu’à la fin du monde mais personnellement j’ai à cœur de développer d’autres thèmes. J’ai essayé par le passé mais nous n’avons jamais retenu les morceaux, ce n’était pas assez travaillé. Maintenant que j’approche de la quarantaine, j’imagine avoir progressé sur ce genre d’écriture. (rires) On apprend de ses échecs.
Je pense qu’il y aura une vraie évolution dans le prochain album.

Parlez-nous un peu du nouveau live.

Toute l’équipe qui nous entoure pense qu’on a passé la vitesse supérieure. Tout est plus réussi et je pense qu’on a éliminé le stress de notre retour sur scène avec Kyo. On prend plus de plaisir, c’est plus communicatif.
Les gens qui bossent avec nous sont plutôt jeunes, ils ont de très bonnes idées, on avance ensemble. C’est sûrement le meilleur show qu’on n’ait jamais fait. Les fans ont l’air de penser la même chose pour le moment, c’est agréable. On peut toujours progresser.

 

Kyo
Vendredi 16 novembre au Zénith de Nantes
Réservations : cheyenneprod

Propos recueillis par Alban Chainon-Crossouard