Stereolux a pris l’habitude de nous surprendre en mêlant tous ses savoir-faire au sein de temps forts surprenants. Le premier d’entre eux, celui qui guide une réflexion élargie, a désormais une notoriété nationale. Scopitone est en effet la vitrine du travail produit tout au long d’une saison où la musique côtoie étroitement les arts numériques. Avec IN-VISIBLE(S), l’équipe a décidé de suivre cette direction avec une proposition spécifique que l’on comprend, globalement, au premier abord.

Pendant 4 jours, l’ensemble du bâtiment sera ouvert au public (jusqu’aux espaces les plus confidentiels), une première depuis sa création ! Concerts, performances, conférences, blindtest décalé, exposition et autres installations forment la programmation de cette nouvelle création ambitieuse. Comme son nom l’indique, le but de ce temps fort est de mettre la vue de côté pour développer ses autres sens au profit des œuvres artistiques. La vision apparait finalement comme un outil aisé pour découvrir le monde qui nous entoure et pourtant elle ne permet pas une totale compréhension de celui-ci. En évoquant principalement le domaine artistique, Stereolux souhaite démontrer que l’on peut se passer de la vue momentanément pour profiter différemment des propositions construites autour de ce dilemme: ressentir plutôt que voir.

Max Cooper Stereolux
Max Cooper © DR

Plusieurs installations seront présentées pour l’occasion. Martin Hesselmeier et Andreas Muxel lancent un défi. Si la lumière n’a pas de poids, pourquoi ne pas tenter, par le biais artistique, de lui en donner un ? Ou plutôt, de rendre visible le poids imaginé de la lumière. The Weight of Light, composée de deux vagues, chacune traversée par de la lumière, donne à voir quelque chose qui participe à la fois de la physique et de l’irréel.

Tristan Meez a créé une oeuvre contemplative, mais très complexe. Bloom, c’est une installation en forme de fontaine, qui dévoile à l’oeil humain l’impact des fréquences sonores sur le mouvement de gouttes projetées d’en haut sur un socle. Ces fréquences sont provoquées par les vibrations de hauts-parleurs. Une musique qui s’accorde avec ces vibrations accompagne cette aventure sensorielle qui hypnotise totalement le regard.

Avec Orbits, le collectif Allemand Quadrature matérialise visuellement ce que peuvent donner les données récoltées par leur soin sur les satellites qui nous entourent et que notre oeil ne saurait voir. Ils projettent ainsi, sur un écran, ces données qui sont matérialisées en points blancs sur fond noir. Elles évoluent d’ailleurs sur la base de positions calculées en temps réel. Un véritable bijoux pour les yeux.

D’entrée, l’installation de Pierre Gufflet et Laurent Mareschal dans le hall de Stéréolux propose au public de s’adonner à un jeu intéressant. Avec Moi, centre du monde, plusieurs écrans sont positionnés en cercle, avec un tabouret au milieu. Dans chacun de ces écrans, si à l’aide de la télécommande vous tapez une distance en mètres, vous pourrez avoir une image (satellite ou street view) de l’endroit qui se situe à cette distance. Cette oeuvre fait de l’utilisateur le “centre” du monde et ouvre vers un ailleurs qu’on ne peut concevoir sans ces images. De même, il sera possible de prendre le temps de la lecture en posant votre regard sur les portraits d’Adeline Praud. Nous, les invisibles s’étend dans tout le hall du Stéréolux et raconte les histoires de ces personnes hors normes qu’on rend invisibles. Les minorités. Adeline a pris le temps d’aller à leur rencontre, à la demande du Stéréolux. Capturer ces personnes et mettre en lumière leurs affinités personnelles avec la culture leur donne une visibilité essentielle. Au Clair de la rue, la chorale des sans abris de Nantes, sera également présente le jeudi soir dès 19h30 pour chanter dans le hall. Ce choix respecte la volonté du Stéréolux de valoriser et montrer plusieurs publics, sans se restreindre à la partie purement artistique.

Côté musique, Molécule reviendra dans la Cité des Ducs après sa prestation lors de l’édition 2019 de Scopitone. Max Cooper et Myriam Bleau seront également de la partie pour des performances atypiques. Les sciences humaines auront également, et logiquement, leur mot à dire sur ce weekend allongé. Pour le reste de la prog’ et pour connaître tous les détails nécessaires à la bonne compréhension de l’événement, on vous laisse entre de bonnes mains : stereolux.org !

Alban Chainon-Crossouard

IN-VISIBLE(S)
Du 12 au 15 mars à Stereolux